Dossier/Maison & travaux
Construction durable : que change la RE2020 et quels matériaux choisir ?
La RE2020 a déplacé le centre de gravité de la construction : il ne s'agit plus seulement de consommer peu, mais d'émettre peu de carbone pour construire. Ce dossier fait le point sur les règles et sur les matériaux.

Sommaire
- Que mesure exactement la RE2020 ?
- Pourquoi le confort d'été est-il devenu central ?
- Bois, biosourcés, béton : quels matériaux choisir ?
- Que dit la loi pour la commande publique ?
- Le réemploi est-il une vraie piste ?
- Et les bâtiments tertiaires existants ?
- Comment lire les labels ?
- Comment raisonner en coût global ?
La réglementation environnementale 2020, la RE2020, a succédé à la RT2012. Elle s'applique aux permis de construire de logements déposés depuis le 1er janvier 2022, puis aux bureaux et aux bâtiments d'enseignement depuis le 1er juillet 2022, avant d'être étendue à d'autres usages.
Son apport principal tient en une idée : mesurer l'empreinte carbone du bâtiment sur l'ensemble de son cycle de vie, construction comprise, et pas seulement sa consommation d'énergie.
| RE2020, logements | permis depuis le 1er janvier 2022 |
|---|---|
| RE2020, bureaux et enseignement | depuis le 1er juillet 2022 |
| Inconfort d'été, plafond (logements) | 1 250 °C.h |
| Éco-énergie tertiaire | -40 % en 2030, -60 % en 2050 |
Les seuils carbone de la RE2020 se resserrent par paliers (2025, 2028, 2031). Les objectifs tertiaires concernent les surfaces de plus de 1 000 m².
Que mesure exactement la RE2020 ?
La RE2020 repose sur plusieurs indicateurs, chacun assorti d'un seuil à ne pas dépasser :
| Indicateur | Ce qu'il mesure |
|---|---|
| Bbio | Le besoin bioclimatique : la qualité de la conception et de l'enveloppe, indépendamment des équipements |
| Cep et Cep,nr | Les consommations d'énergie primaire, totales et non renouvelables |
| Ic énergie | L'impact carbone des consommations d'énergie sur cinquante ans |
| Ic construction | L'impact carbone des produits, équipements et du chantier |
| DH, degrés-heures | L'inconfort ressenti lors des épisodes de chaleur |
Les seuils de l'indicateur Ic construction se resserrent par étapes, en 2025, 2028 et 2031. C'est ce calendrier qui pousse la filière vers des solutions moins carbonées, sans interdire aucun matériau.
Pourquoi le confort d'été est-il devenu central ?
Les étés plus chauds rendent certains logements récents difficiles à vivre. La RE2020 a donc introduit un indicateur de degrés-heures, qui simule l'inconfort pendant une vague de chaleur de référence. Pour les logements, au-delà de 1 250 °C.h, le projet n'est pas conforme.
Les réponses sont d'abord architecturales : protections solaires extérieures, logements traversants, inertie thermique, ventilation nocturne, surfaces vitrées maîtrisées. La climatisation ne vient qu'en dernier recours, et elle est pénalisée dans le calcul.
Bois, biosourcés, béton : quels matériaux choisir ?
Le bois stocke du carbone pendant toute la durée de vie du bâtiment, ce que la méthode de calcul de la RE2020 valorise. Il se décline en ossature légère, en poteaux-poutres et en panneaux massifs contrecollés, qui permettent désormais des immeubles de plusieurs étages.
Les matériaux biosourcés, comme la fibre de bois, la paille, le chanvre ou la ouate de cellulose, servent surtout à l'isolation. Ils combinent faible empreinte carbone et bon comportement en été grâce à leur capacité à stocker la chaleur.
Le béton n'est pas disqualifié pour autant. Les bétons bas carbone, qui réduisent la part de clinker dans le ciment, et la mixité des matériaux permettent de garder la masse là où elle est utile, en fondations, en planchers ou en noyaux de circulation.
À retenir. Aucun matériau n'est durable en soi. Un bâtiment sobre combine le bon matériau au bon endroit, une conception compacte et bien orientée, et une durée de vie longue.
Que dit la loi pour la commande publique ?
Le Code de l'environnement fixe un objectif ambitieux aux acheteurs publics : à partir de 2030, l'usage de matériaux biosourcés ou bas carbone doit intervenir dans au moins 25 % des rénovations lourdes et des constructions relevant de la commande publique.
Beaucoup de collectivités n'attendent pas cette échéance. Elles intègrent déjà des exigences carbone dans leurs programmes et leurs critères de choix, ce qui modifie la façon dont les équipes de maîtrise d'œuvre composent leurs projets.
Le réemploi est-il une vraie piste ?
Réemployer, c'est réutiliser un matériau ou un équipement sans le transformer : portes, sanitaires, faux planchers, briques, charpentes. Le diagnostic produits, équipements, matériaux et déchets, dit diagnostic PEMD, est obligatoire avant la démolition ou la rénovation significative des bâtiments de plus de 1 000 m².
Le réemploi reste freiné par des questions d'assurance, de traçabilité et de logistique. Il progresse pourtant, porté par des plateformes spécialisées et par des maîtres d'ouvrage qui l'inscrivent dans leurs programmes dès l'origine.
Et les bâtiments tertiaires existants ?
Le dispositif éco-énergie tertiaire, issu du décret tertiaire, impose aux bâtiments et parties de bâtiments tertiaires de plus de 1 000 m² de réduire leur consommation d'énergie finale de 40 % en 2030, 50 % en 2040 et 60 % en 2050, par rapport à une année de référence.
Les gymnases, les écoles et les bâtiments administratifs des collectivités sont directement concernés. C'est l'un des principaux moteurs des réhabilitations énergétiques du patrimoine public aujourd'hui.
Comment lire les labels ?
Au-delà de la réglementation, plusieurs labels distinguent les projets les plus ambitieux. Le label d'État « bâtiment biosourcé » mesure la quantité de matière biosourcée incorporée, selon trois niveaux. D'autres labels, portés par des associations, valorisent les bâtiments bas carbone ou passifs.
Un label n'est pas une fin en soi. Il sert surtout à fixer un objectif clair dans le programme et à le vérifier à la livraison, ce qui évite qu'une ambition affichée au concours se dilue pendant les études.
Comment raisonner en coût global ?
Un bâtiment coûte bien plus cher à faire fonctionner qu'à construire, sur toute sa durée de vie. Une meilleure enveloppe, une lumière naturelle bien gérée et des équipements simples à entretenir se remboursent souvent sur la durée.
Le raisonnement en coût global, qui additionne investissement, énergie, maintenance et fin de vie, est le meilleur allié d'une construction durable. Il transforme un surcoût apparent en économie mesurable.
Questions fréquentes
La RE2020 interdit-elle le béton ?
Non. Elle fixe des seuils d'empreinte carbone qui se resserrent par étapes, sans interdire aucun matériau. Les bétons bas carbone et la mixité des matériaux permettent de les respecter.
Qu'est-ce que l'indicateur DH de la RE2020 ?
C'est le nombre de degrés-heures d'inconfort pendant une vague de chaleur de référence. Il mesure le confort d'été. Pour les logements, un projet qui dépasse 1 250 °C.h n'est pas conforme.
Le diagnostic PEMD est-il obligatoire pour une petite maison ?
Non, il vise les opérations de démolition ou de rénovation significative de bâtiments de plus de 1 000 m², ainsi que certains bâtiments ayant accueilli des substances dangereuses. Il reste une bonne pratique pour des opérations plus modestes.



